2015-2016
Le Pauvre Matelot (1926)

complainte lyrique de Darius MILHAUD
sur un livret de Jean COCTEAU
(durée 40 mn)



La Femme               Sonia MORGAVI (soprano)

Le Matelot               Louis-Héol CASTEL (ténor)

Son Beau-Père         Yann BRETT (basse)

Son Ami                   Mathieu GUIGUE (baryton)


Pianiste - Chef de chant : Yves MEIERHANS

Direction musicale  Laurent ZAÏK

Mise en scène  Renaud BOUTIN

Piano Yves MEIERHANS et Karl BARAQUIN

Lumières  Pierre DAUBIGNY

Vidéo  Rares LENASOAIE

en partenariat avec La Société Littéraire
affiche Marie-Pierre LAURENT                                     

                 

                                              
                                                                                                    

Darius Milhaud (1892-1974)

De Darius Milhaud le grand public connaît Le Bœuf sur le toit composé à partir des danses brésiliennes qu'il avait entendues à Rio de Janeiro lorsqu'il était secrétaire de Paul Claudel à l'ambassade de France. Dès ses premières œuvres, il apparaît comme un iconoclaste. Affilié au Groupe des Six avec Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Roland Manuel et Germaine Tailleferre, réunis autour de Jean Cocteau (déjà auteur de l'argument du précédent ballet), sa musique tourne le dos à tous les -ismes : romantisme, sentimentalisme, wagnérisme, ou debussysme. Cultivant une esthétique parfois proche du cirque, collaborant avec Picasso, Léger, Masson ou Braque, sa musique superpose des mélodies souvent d'allure populaire dans une polyphonie superposant les tonalités, comme si plusieurs orchestres jouaient des musiques différentes venant de lieux espacés. Milhaud, dont l’œuvre est une des plus abondantes, a touché à tous les genres, et notamment à l'opéra. Le Pauvre Matelot, composé en 1926 sur un livret de Jean Cocteau à partir d'un fait divers, est un opéra en 3 actes, concis car durant moins de 40 minutes, composé à partir de chants de matelots. L'action se déroule rapidement sur une musique déconnectée de la situation ou des sentiments des personnages, à la manière des complaintes populaires, de longues chansons en plusieurs strophes narrant des histoires tragiques.
Le Pauvre Matelot fut créé en 1926 à Bruxelles avant d'être repris deux ans plus tard à l'Opéra-Comique. Lors de sa création américaine en 1937, il était couplé avec la création mondiale d'Amelia al ballo, le premier opéra du jeune compositeur Gian Carlo Menotti.


Le début de l'histoire
Cocteau s'est inspiré d'un fait divers sanglant de l'époque. Une femme tient un bar de marin en décrépitude sans aucune nouvelle de son mari, un matelot parti quinze ans plus tôt pour faire fortune. L'époux revient un jour, riche et changé. Il apprend avec joie que sa femme lui est restée fidèle mais, pour regarder son bonheur "du dehors", décide de se faire passer pour quelqu'un d'autre. Il raconte à sa femme qui ne le reconnaît pas qu'il est un ami de son mari pauvre et criblé de dettes.

Note d’intention du metteur en scène

Des années folles à l’après-guerre, de la boîte à marins d’un port sans joie au salon spirite d’une Madame Irma de film noir, les clients comme les morts circulent et se côtoient, exténués de désir dans leurs huis-clos étouffants.

Montrer les tragédies noires qui s’y nouent, la Fatalité projetée dans l’univers réaliste de la Complainte gouailleuse et du Cinéma, supposait des partis pris dramaturgiques et esthétiques forts. Cocteau, Genet et Demy ont été nos ouvreurs dans ces funèbres maisons d’illusion, ces bordels métaphysiques où la sexualité et l’argent sont les nouveaux combustibles de la même vieille Machine infernale.

 

Sous le vernis de l’anecdote, ces deux œuvres disent finalement les pouvoirs du théâtre et de ses masques. Tous les protagonistes des deux pièces en sont les victimes, prises dans les reflets de ce jeu de miroir aveuglant.

Renaud BOUTIN


Retours de spectateurs

"Juste un petit mot, au retour d'une très belle soirée lyrique assez inattendue. Le Pauvre Matelot de Milhaud couplé avec Le Médium de Menotti (dans une superbe traduction française), un spectacle monté par Le Groupe Lyrique, association d'amateurs très éclairés. Une vraie révélation : les voix se révèlent belles et bien conduites, la mise en scène de Renaud Boutin est superbe, poétique et très juste quant à la direction d'acteurs, et les deux pianistes excellents. Avis aux amateurs, ça vaut vraiment le détour !"  ODB-Opéra


"Avec Le Pauvre Matelot et Le Médium, le Groupe Lyrique propose un diptyque passionnant d’opéras méconnus. La mise en scène réunit ces deux œuvres dans une esthétique commune qui nous plonge avec délectation dans l’ambiance des films noirs et du théâtre de l’épouvante. On adore avoir peur, craindre l’issue fatale du Pauvre Matelot et trembler face à l’inquiétante medium qui finit par tomber elle-même dans les rets qu’elle a tissés. Magistralement accompagnés par leurs deux pianistes, les chanteurs du Groupe Lyrique se révèlent aussi talentueux comédiens qu’ils sont fins musiciens. Et l’on en finirait pas d’énumérer toutes les idées brillantes d’une mise en scène inventive et subtile !" N.P.


"Un spectacle effrayant et touchant à la fois où la musique est étonnante. La mise en scène est minimaliste et très poétique et elle associe judicieusement les deux pièces, pourtant très différentes, notamment par le biais d'un danseur d'une grande grâce. M.L.


"Ces deux courts opéras nous ont fait passer une magnifique soirée lyrique. Bravo à la mise en scène, sobre et inventive. Dans Le Medium une mention particulière pour la mort de Toby et le passage inattendu de deux personnages, fantômes surgis du Pauvre Matelot. Les voix sont très belles, les pianistes excellents et madame Flora, médium habité, nous entraîne dans son univers sombre et angoissant. Bravo à tous !" A.M.

"Nous avons assisté ce soir à votre représentation Milhaud-Menotti. Le choix de ces compositeurs et de ces œuvres fait preuve d'une sensibilité musicale, d'une prise de position très personnelle, d'une subtilité culturelle, d'une préoccupation "existentielle" qui apporte une grande richesse et une grande satisfaction. J'ai trouvé excellents et extrêmement aboutis le travail et la précision vocale, la beauté des voix, le jeux des personnages, avec ces magnifiques sonorités musicales certainement très difficiles à interpréter, tout comme le sens des textes, leur profondeur, leurs allusions humoristiques et tragiques, le jeu des pianistes, et la mise en scène loin d'être tombée dans la facilité. Nous avons grâce à tout cela éprouvé beaucoup d'émotions et de plaisir et une distance réconfortante vis à vis d'une certaine "médiocrité" trop souvent décevante...Un grand merci pour cette soirée tellement réconfortante et généreuse !" M.C.J.

"Un grand bravo pour ce programme original, avec ces deux œuvres si rarement données, si différentes mais qui résonnent particulièrement bien l'une avec l'autre. Nous venons d'ordinaire voir et écouter vos opéras-bouffe et opérettes mais nous n'avons pas été déçus ! Ce fut une belle découverte."            N.G.




Darius Milhaud


Jean Cocteau pendant une répétition du Pauvre Matelot




Le Pauvre Matelot
crédits photos Louise Dabrowski et Dominique Laurent